Un poste peut sembler acceptable tout en laissant une inquiétude : l'argent que je reçois est-il vraiment licite ? La question se pose quand l'employeur a des revenus variés, quand le contrat prévoit des primes ou une épargne salariale, ou quand on a travaillé un temps dans un secteur discuté. Cette page présente les principes que les savants mobilisent le plus souvent pour y répondre.
Elle ne tranche aucun cas particulier. Les positions varient selon les écoles et les savants contemporains ; pour votre situation, un savant qualifié reste l'interlocuteur adapté.
Ce qui rend un salaire licite
Dans la perspective juridique islamique, le salaire est la contrepartie d'un travail fourni dans le cadre d'un contrat de louage de services (ijâra). Il est généralement considéré comme licite si trois conditions sont réunies :
- le travail lui-même est permis : la tâche accomplie ne consiste pas à produire, vendre ou faciliter directement un interdit ;
- le contrat est clair : la mission, la durée et la rémunération sont connues, sans tromperie de part et d'autre ;
- le travail est réellement accompli : le salarié remplit ses obligations avec sérieux et honnêteté.
Autrement dit, c'est d'abord la nature de votre propre travail qui détermine la licéité de votre salaire. Pour évaluer ce premier point, le guide qui aide à déterminer si un poste est licite propose une grille de questions.
Quand l'employeur a des revenus mixtes
Presque toutes les grandes entreprises ont des comptes bancaires rémunérés, des emprunts à intérêt ou des clients aux activités diverses. De nombreux savants contemporains estiment que cela ne rend pas le salaire illicite lorsque :
- l'activité principale de l'entreprise est licite ;
- le salarié n'est pas lui-même affecté à la partie illicite ;
- le salaire rémunère un travail permis.
La logique est que le salarié reçoit la contrepartie de son propre effort, et non une part directe des revenus interdits de l'employeur. D'autres savants, plus stricts, recommandent de privilégier les employeurs dont les revenus illicites sont marginaux. Les aspects comptables de ces situations sont développés dans le guide sur la comptabilité des revenus mixtes.
La purification du revenu
Certains savants conseillent la purification (tathîr) d'une partie des revenus lorsqu'une fraction provient clairement d'une source illicite. Le principe généralement exposé est le suivant :
- identifier, autant que possible, la part du revenu liée à l'interdit, par exemple des intérêts perçus ;
- s'en séparer en la donnant à des œuvres d'utilité générale, sans en attendre de récompense spirituelle ni d'avantage personnel ;
- ne pas la compter comme aumône obligatoire (zakât).
La purification est surtout évoquée pour les placements et l'épargne. Pour un salaire issu d'un emploi qu'on estime désormais problématique, les avis divergent sur ce qu'il convient de faire des sommes déjà perçues ; beaucoup de savants insistent avant tout sur le repentir et la recherche d'un emploi licite pour l'avenir.
Primes, bonus et avantages
Les primes de performance, treizième mois, primes d'ancienneté ou avantages en nature suivent en principe la règle du salaire : s'ils rémunèrent un travail permis, ils sont généralement considérés comme licites. Quelques points méritent une attention particulière :
- une prime indexée sur la vente d'un produit interdit hérite de la nature de ce produit ;
- une prime obtenue par tirage au sort payant peut s'apparenter à un jeu de hasard ;
- les bons d'achat ou titres-restaurant ne posent pas de difficulté particulière s'ils sont utilisés pour des produits licites.
Épargne salariale, retraite et intéressement
Dans de nombreux pays, l'employeur propose des dispositifs d'épargne, de participation ou de retraite complémentaire. Leur traitement dépend de leur fonctionnement :
- les cotisations obligatoires de retraite ou de sécurité sociale relèvent d'une obligation légale ; beaucoup de savants considèrent que le salarié n'en porte pas la responsabilité et peut en percevoir les prestations ;
- l'épargne facultative placée dans des fonds à intérêt ou des obligations classiques pose davantage question. Lorsque le choix existe, il est souvent conseillé d'opter pour un fonds actions filtré ou un support conforme, quand le plan en propose un ;
- la participation aux bénéfices versée en fonction des résultats de l'entreprise suit généralement l'appréciation portée sur l'activité de l'employeur.
Pour mieux comprendre les produits conformes, la page sur l'investissement islamique présente les principes de filtrage utilisés par les gestionnaires.
Heures supplémentaires, pourboires et revenus annexes
Les heures supplémentaires rémunérées et les indemnités prévues par la loi ou la convention collective rémunèrent un travail effectif : elles suivent donc la règle générale. Les pourboires reçus dans un restaurant ou un hôtel sont généralement considérés comme un don du client ; leur appréciation dépend surtout de la nature du service rendu. Enfin, un revenu complémentaire issu d'une activité indépendante doit être examiné pour lui-même, selon les mêmes critères que l'emploi principal.
Les obligations de l'employeur
L'éthique islamique du travail insiste aussi sur les devoirs de celui qui emploie : verser un salaire juste, convenu à l'avance et payé sans retard. Ces principes rejoignent ceux du droit du travail moderne, qui garantit un salaire minimum dans de nombreux pays et protège le salarié en cas d'impayé. En cas de litige, adressez-vous aux services d'inspection du travail ou aux juridictions compétentes de votre pays.
En résumé
- Votre salaire est d'abord jugé à l'aune de votre propre travail.
- Les revenus mixtes de l'employeur ne rendent pas automatiquement le salaire illicite, selon de nombreux savants.
- La purification concerne surtout des revenus clairement identifiés comme illicites, comme les intérêts.
- Pour l'épargne salariale, privilégiez les supports conformes lorsqu'ils existent.
Pour savoir quelles activités posent problème en amont, consultez aussi la liste des postes jugés interdits.
Les deux listes de référence
Sources et ressources
- AAOIFI — Organisme publiant les normes charia et comptables de la finance islamique, dont la purification des revenus.
- Islamic Financial Services Board — Normes prudentielles internationales pour les institutions financières islamiques.
- L'Europe est à vous : travail — Droits des salariés en Europe, dont le salaire et les conditions de travail.
- OCDE : emploi — Données et analyses sur les salaires et le marché du travail.

