Pour une femme qui porte le foulard, la recherche d’emploi comporte une dimension supplémentaire : savoir où le voile sera accepté, comment réagir s’il est évoqué en entretien et quels secteurs offrent le plus d’ouverture. Les règles diffèrent selon le pays, le statut de l’employeur et le poste.
Ce guide se concentre sur la recherche d’emploi elle-même : cadre légal à connaître, secteurs et employeurs à cibler, préparation des entretiens. Les principes juridiques sur les signes religieux en général sont développés dans une page dédiée.
Comprendre le cadre selon le pays
En France
Les agents de la fonction publique, y compris contractuels, sont soumis à la neutralité et ne peuvent pas porter de foulard dans l’exercice de leurs fonctions. Cela concerne notamment l’enseignement public, les hôpitaux publics, les mairies et les administrations. Dans le secteur privé, le port du foulard est en principe libre, mais une entreprise peut prévoir une clause de neutralité dans son règlement intérieur, à condition qu’elle soit justifiée et proportionnée, généralement pour les postes en contact avec la clientèle. Le détail de ces règles figure dans la page sur le hijab et les signes religieux au travail.
Ailleurs
Plusieurs pays européens et anglo-saxons sont plus souples, y compris dans le secteur public, tandis que d’autres encadrent certains métiers. Le Royaume-Uni, le Canada hors Québec ou les pays du Golfe sont souvent cités par des femmes francophones qui envisagent une mobilité. Au Québec, une loi restreint les signes religieux pour certains employés de l’État en position d’autorité, dont les enseignants du réseau public. Les pages emploi halal en Grande-Bretagne et emploi au Québec et au Canada donnent des repères pays par pays.
Secteurs souvent ouverts
Sans généraliser, certains secteurs sont réputés plus accueillants :
- la santé privée : cliniques, cabinets, laboratoires, pharmacies d’officine, aide à domicile ;
- l’informatique et le numérique, où le travail à distance et la culture des résultats dominent ;
- la recherche, l’ingénierie et les fonctions support sans contact clientèle direct ;
- l’enseignement privé, y compris confessionnel musulman, et le soutien scolaire ;
- l’économie halal : mode pudique, cosmétiques certifiés, alimentation, finance islamique, médias ;
- l’entrepreneuriat, qui permet de fixer soi-même ses règles.
La page consacrée aux métiers de la mode pudique illustre un secteur où le foulard est un atout plutôt qu’un sujet.
Repérer les bons employeurs
Quelques indices aident à cibler les entreprises : une politique de diversité et d’inclusion publiée, des photos d’équipe montrant des salariées voilées, des avis de salariés en ligne, la présence d’un réseau interne de salariés. À l’inverse, l’existence d’un règlement intérieur avec clause de neutralité doit être vérifiée avant de s’engager. Demander à un contact interne ou poser la question au service des ressources humaines évite les mauvaises surprises.
Préparer l’entretien
Photo et CV
La photo n’est pas obligatoire sur un CV en France. Certaines candidates choisissent de l’omettre pour être jugées d’abord sur leurs compétences ; d’autres l’affichent pour éviter toute ambiguïté. Les deux stratégies se défendent.
Si le foulard est évoqué
Un recruteur n’a pas à interroger une candidate sur sa religion. Si la question est posée, on peut répondre calmement, demander s’il existe une règle de neutralité applicable au poste et sur quel fondement, puis recentrer sur ses compétences. Noter la question et le contexte juste après l’entretien est utile. Les recours possibles sont présentés dans la page sur la discrimination religieuse à l’embauche.
Proposer des solutions
Pour les postes soumis à des règles d’hygiène ou de sécurité, venir avec une proposition (foulard ajusté, coiffe compatible, modèle sans pans flottants) montre une attitude constructive.
Lorsque le poste impose de retirer le foulard
Certaines femmes font le choix de l’ôter pour un emploi précis, d’autres le refusent. Sur le plan religieux, la majorité des savants considèrent le foulard comme obligatoire, et les avis divergent sur la notion de nécessité. Cette décision personnelle mérite d’être prise après échange avec un savant qualifié, en tenant compte de sa situation familiale et financière.
Une fois en poste
Décrocher le poste n’est qu’une étape. Les premières semaines permettent d’installer un climat serein : répondre simplement aux questions des collègues, sans se sentir obligée de justifier sa pratique, et montrer que le foulard ne change rien à la qualité du travail. Si des remarques déplacées se répètent, il est préférable de les signaler tôt au manager ou aux ressources humaines plutôt que de les laisser s’installer.
Un changement de règlement intérieur ou une nouvelle affectation en contact avec la clientèle peut aussi remettre la question sur la table. Dans ce cas, l’employeur doit respecter les conditions de justification et de proportionnalité, et rechercher en principe une solution de reclassement avant toute mesure plus lourde. Garder une copie des versions successives du règlement et des échanges écrits permet de faire valoir ses droits si nécessaire.
Liste pratique
- vérifier le statut de l’employeur (public, privé, mission de service public) ;
- demander le règlement intérieur avant de signer ;
- cibler les secteurs et entreprises réputés ouverts ;
- préparer une réponse sereine à une question sur le foulard ;
- conserver une trace écrite de tout propos discriminant ;
- s’informer sur les règles locales en cas de projet à l’étranger.
Les deux listes de référence
Sources et ressources
- Organisation internationale du Travail — Normes internationales du travail, dont la lutte contre les discriminations dans l’emploi.
- Centre du commerce international — Agence ONU-OMC d’appui aux petites entreprises exportatrices, dont les entrepreneuses.
- Catalogue des normes SMIIC — Liste des normes halal élaborées par l’Institut de normalisation et de métrologie des pays islamiques.
- ISO — Organisation internationale de normalisation, référence des normes de management et de qualité.

